Sylvie Vilotta est enseignante en lycée professionnel, professeure de yoga et formatrice au RYE. Chaque année, elle accompagne de nombreux élèves dans la préparation du Bac. À l’approche de cette importante période d’examens, elle nous présente sa démarche et nous livre quelques conseils pour aider les jeunes à maîtriser leur stress et à mieux se concentrer.

 

Comment avez-vous découvert le yoga dans l’éducation ?

S. V. Je suis professeure de biotechnologie, santé et environnement dans un lycée professionnel à Saint-Raphaël. J’ai découvert le yoga lorsque j’étais jeune et suis devenue professeure de yoga en 2007. Très rapidement, j’ai souhaité faire le lien entre le yoga et ma pratique professionnelle avec mes élèves. C’est ainsi que je suis arrivée au RYE. J’ai passé le certificat puis suis rapidement devenue formatrice pour l’association.

Dès le moment où j’ai maîtrisé les outils du RYE, je les ai appliqués auprès de mes étudiants de 1ère et de terminale préparant leur Bac pro.

Quelles techniques de yoga et de relaxation utilisez-vous avec vos élèves en classe ?

S. V. C’est un travail de longue haleine, qui commence dès le début de l’année scolaire. Le jour de la rentrée, je me présente sous ma double casquette de professeure qui va leur enseigner la matière « prévention, santé et environnement » et de professeure de yoga. Je leur précise que j’enseigne un yoga qui s’adapte à la classe, dans le respect des principes de laïcité de l’école et que toute l’année je leur délivrerai des techniques qui les aideront dans leur cursus scolaire. Une démarche qui me vaut le surnom de « Madame Yoga » !

Les premières semaines, je leur fais pratiquer beaucoup d’exercices de « yama » – vivre ensemble – pour qu’ils apprennent à se connaître et à me connaître. Je leur distribue aussi un « code de la classe » dans lequel je leur expose nos droits et nos devoirs. C’est très important pour fédérer le groupe et créer un climat de classe sympathique.

Ensuite, tout au long de l’année, je leur fais pratiquer différents exercices de yoga et de relaxation en classe. Mes cours durent 2 heures et toutes les 20 minutes, il y a une pause yoga de 5 ou 6 minutes. Pourquoi 20 minutes ? Parce que c’est en général le temps au bout duquel l’attention baisse. Après les exercices, je consacre toujours un temps d’échange où chacun est libre de s’exprimer, de partager son ressenti. Ces petites pauses fonctionnent très bien et permettent vraiment de redémarrer le cours dans une ambiance agréable. Je vois les élèves plus détendus, plus souriants, plus concentrés…

Dans le cadre de la préparation aux examens, que mettez-vous en place en particulier ?

S. V. S’il y a bien une chose universelle, c’est que la période des examens est toujours vécue comme un moment stressant.

Cette année, mon travail a constitué à aider mes étudiants à identifier leur source de stress et à définir de quelle manière cela se manifestait dans le corps. À l’approche des examens, je leur distribue un schéma représentant le corps humain et je leur demande de définir les zones qui sont touchées par le stress sur leur propre corps : la gorge serrée, le dos douloureux, le ventre noué…

Ensuite, je leur explique les mécanismes du stress et comment il a un impact sur leurs capacités cognitives. Je leur fais vraiment comprendre le lien entre stress, mémoire et efficacité scolaire pour qu’ils prennent conscience de l’importance de maîtriser leurs émotions négatives.

À partir de là, je leur propose différentes techniques de yoga et de relaxation pour gérer le stress : des exercices de respiration qui permettent de calmer le mental et de ramener l’attention, des postures d’étirements qui aident à relâcher les tensions… De temps en temps, je leur propose aussi un yoga nidra. Cela les aide vraiment à se poser, à retrouver la concentration et à développer un sentiment de sécurité, de confiance en soi. Le yoga nidra est un très bon exercice pour la préparation aux examens, d’ailleurs il est très apprécié des élèves.

Cette année, j’organise aussi quelque chose d’un peu particulier : je pars en voyage quelques jours en mai avec mes élèves de terminale sur les îles de Lérins, au large de Cannes. Ils vont se retrouver au calme, dans la nature. Je vais en profiter pour leur proposer différentes pratiques de yoga, de relaxation et de méditation pour appréhender sereinement les épreuves du Bac.

 

Savez-vous si les élèves utilisent ces techniques pendant les examens ?

S.V. Déjà, les exercices que je leur fais pratiquer sont des exercices qu’ils peuvent facilement reproduire à la maison ou à tout moment de leur vie. Je leur demande toujours de réinvestir plus tard la pratique apprise en classe. Par exemple, pour le yoga nidra, les élèves ont tous une résolution que je les invite à trouver en début d’année. Ils ne me la disent pas, ils la gardent pour eux mais je les aide en leur donnant des exemples : « j’ai confiance en moi », « je progresse dans telle matière », etc. À l’approche des examens, je leur recommande de répéter cette résolution matin et soir.

Au début du mois d’avril, j’ai eu une bonne surprise. Les élèves de terminale ont passé leur Bac blanc. J’étais de surveillance pour l’une des épreuves et j’ai été ravie de voir certains élèves poser leurs mains sur la table, fermer les yeux et respirer avant de commencer l’examen. Au milieu de l’épreuve, une jeune fille s’est levée, s’est étirée puis a frotté ses mains l’une contre l’autre avant de les poser en coque sur ses yeux. Elle est restée ainsi quelques minutes avant de se replonger dans sa copie. Visiblement ils utilisent donc les techniques que je leur donne !

Que recommanderiez-vous à un professeur qui voudrait aider ses élèves à se préparer aux examens ?

S.V. Le plus important est de comprendre et de faire comprendre aux jeunes les raisons de leur stress. Pour cela j’utilise souvent un document que j’appelle « la météo des émotions ». Il s’agit d’une feuille séparée en deux colonnes : une colonne « je vais bien » et une colonne « je ne me sens pas bien ». Dans chaque colonne, différentes émotions sont listées : je me sens bien, sur-e de moi, optimiste…ou alors seul-e, triste, en colère, etc. C’est très important de trouver le juste mot pour définir son état émotionnel. Avant toute chose, je recommanderais donc au professeur d’avoir un temps de partage avec ses élèves sur la source de leurs émotions négatives.

Ensuite, je suis très favorable aux techniques du souffle. Il faut expliquer aux jeunes que la respiration est présente à chaque moment de leur vie et qu’elle peut les aider à revenir dans le moment présent lorsque le mental est agité. Néanmoins, il faut tout de même maitriser les bases des techniques RYE pour pouvoir les proposer aux élèves.

Quoi qu’il en soit, lorsqu’on crée une ambiance de confiance pour les élèves, cela aide vraiment à installer un climat sympathique tout au long de l’année, y compris lors des périodes d’examens plus stressantes !