Martine Giammarinaro, formatrice au RYE, a mis au point une formation pour le bien-être des enseignants, suite à la demande de la Délégation académique à la formation des personnels enseignants (DAPFEN) de Créteil. Retour d’expérience sur l’organisation et la mise en œuvre du projet.

Comment est né ce projet ?

M.G. En 2016, la DAPFEN de Créteil a contacté le RYE pour former 80 enseignants du second degré exerçant en éducation prioritaire à des techniques de bien-être. Cette demande est représentative de l’ouverture croissante des inspections à la sérénité des enseignants. En tant que formatrice, étant disponible et intéressée par une telle proposition, je me suis portée volontaire pour prendre en charge le projet.

Avec l’équipe du RYE, nous avons décidé d’organiser 4 sessions de formations, de manière à n’avoir qu’une vingtaine de personnes à la fois. J’ai dispensé la première formation en novembre 2016 et trois autres vont suivre d’ici mai 2017.

Pouvez-vous nous parler des professeurs que vous avez rencontrés ?  

M.G. Lors de la première session, j’ai été frappée par la demande unanime et pressante des professeurs, d’acquérir des solutions immédiates pour calmer leurs élèves. Beaucoup d’entre eux sont des jeunes qui exercent en ZEP, dans des conditions difficiles. Ils croient à leur métier mais certains sont dans un état de désarroi important.

Il m’a fallu leur expliquer qu’ils devaient d’abord apprendre à se recentrer sur eux-mêmes pour ensuite être en mesure de transmettre. L’enseignement est un métier où l’on donne beaucoup mais il faut être disponible pour donner.

Globalement, le groupe était assez homogène : il y avait autant de femmes que d’hommes, et ils représentaient toutes les disciplines : français, anglais, histoire-géographie, EPS, etc. Ils exerçaient en revanche plutôt auprès des adolescents et des jeunes : collège, lycée et bac pro. Peu d’entre eux avaient déjà pratiqué le yoga.

Comment avez-vous préparé la formation ?

M.G. Le scénario que j’ai conçu se déroule sur 12 heures, réparties en deux jours. Son contenu est fondé sur un mélange de techniques RYE (suivant l’échelle de Patanjali), d’exercices de yoga et de pleine conscience. Je l’ai élaboré avec le support de Véronique Mainguy, également formatrice au RYE et enseignante en ESPE.

L’objectif était d’éveiller les enseignants à la gestion du stress, de leur faire découvrir que l’on peut réussir à se recentrer, à se faire du bien grâce à son corps. Nous avons donc beaucoup exploré le yoga nidra (technique de relaxation spécifique au yoga), la relaxation, la respiration.

J’ai par ailleurs veillé à bien mélanger les moments pratiques et les temps d’échanges, et j’ai essayé de répondre le mieux possible à leurs demandes. À la fin de la session, nous avons établi ensemble, à partir des différents exercices, une petite session de 5 minutes qu’ils peuvent faire pour eux, avant d’accueillir les élèves le matin ou après la pause déjeuner.

Quel a été le retour des stagiaires ? Le ressenti lors de la formation ?

M.G. Le bilan des stagiaires est très positif. Plusieurs souhaitent se former au RYE dans le cadre des dispositifs de l’éducation nationale. Une enseignante nous a également demandé d’intervenir dans son établissement. Beaucoup auraient souhaité une troisième journée de formation pour apprendre à utiliser les techniques RYE avec leurs élèves.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait organiser un tel projet ?

M.G. Le premier conseil que je donnerais est relatif à l’organisation. Il faut prendre les choses en main : se déplacer pour aller voir le local attribué par l’inspection, de manière à vérifier qu’il est bien adapté à la formation et que celle-ci y sera agréable. Il faut également s’occuper de la partie logistique : vérifier que les informations sont bien transmises aux enseignants, qu’ils viendront bien avec leur matériel (tapis, etc.), qu’ils pourront se garer, etc.

En ce qui concerne, la formation en elle-même, je crois que le plus important est de réussir à créer une dynamique de groupe. Il faut faire beaucoup de yama (exercices visant à cultiver le bien vivre ensemble) mais aussi savoir gérer les stagiaires : certains sont envahissants, d’autres trop discrets. Il faut réussir à ce que chacun trouve sa place dans la formation. Enfin, c’est un stage qui demande beaucoup d’attention, d’écoute et de bienveillance. Il faut être préparé à cela et disponible pour donner.

En résumé, peut-on dire que cela a été une expérience positive ?

M.G.  J’ai beaucoup apprécié être au contact de ce public très touchant et réussir à leur apporter un peu de bien-être. J’ai hâte de réitérer l’expérience en février !