Professeur de philosophie, proviseur puis recteur de lycée, Jacques de Coulon est depuis toujours passionné d’éducation. En 1978, il participe à la création du RYE au côté de Micheline Flak. Ensemble, ils rédigeront le livre de référence : “Le manuel du yoga à l’école : des enfants qui réussissent. Jacques de Coulon nous présente aujourd’hui son dernier ouvrage : “Le manuel de la méditation au collège et au lycée : 44 exercices à faire en cours et chez soi”.

 

Pourquoi avoir écrit ce livre ? Quel était l’objectif ?

Jacques de Coulon : Cet ouvrage est l’expression et la synthèse d’une pratique du yoga et de la méditation auprès de mes élèves depuis plus de 40 ans. Les exercices proposés, inspirés de plusieurs grandes traditions (Inde, Tibet, Egypte, sagesse grecque…) et de la rencontre de maîtres tels que Hamid Bey, Emmanuel Levinas, Swami Satyananda ou Guéshé Rabten, ont tous été adaptés aux besoins d’adolescents de notre époque.

Plus les années passent, plus je me rends compte de l’importance de la méditation pour nos jeunes qui sont happés vers l’extérieur, notamment vers les cybermondes.

À l’ère numérique, n’est-il pas capital de leur donner les moyens de cultiver leur intériorité où ils pourront tisser leur autonomie et développer leur concentration comme leur imaginaire ?

Aujourd’hui, j’observe que l’on consacre de plus en plus de moyens matériels pour les nouvelles technologies, pour des machines qui deviendront vite obsolètes.

Et si l’on songeait aussi à prendre un peu de temps pour développer la conscience de nos élèves en leur permettant à la fois d’être mieux dans leur corps et d’avoir un esprit plus clair ? Tel est le but de ce livre.

 

Vous parlez ici de méditation. Quel est son rapport avec le yoga ?

JDC : Le terme « méditation » est utilisé ici dans un sens général, découlant de sa double étymologie latine : mederi qui signifie « prendre soin de soi pour mieux se porter » (d’où le terme « médecin ») et medium voulant dire milieu.

La méditation consiste donc à prendre soin de soi-même en allant vers le centre profond (le milieu) pour devenir pleinement soi-même. Elle se retrouve dans toutes les traditions et même, par exemple, chez Descartes. Si l’on garde cette signification, elle est très proche du mot « yoga » et recouvre les étapes de Patanjali.

Dans mon livre, il y a aussi des pratiques corporelles, comme le voyage de la conscience dans les différentes parties du corps, exercices tant apprécié de mes élèves, notamment après un travail intellectuel ou derrière un écran. Je considère qu’il s’agit là aussi d’un exercice de méditation puisque qu’il nous aide à nous recentrer et à calmer les vagues du mental.

L’essentiel, c’est la participation de la conscience : lever consciemment les doigts de la main les uns après les autres en les « habitant », n’est-ce pas déjà de la méditation ? Par contre, si l’on restreint le sens de méditation à dhyana, la septième étape de Patanjali, alors ce livre ne fait que l’effleurer car une attention longue et soutenue sur tel ou tel support de concentration n’est guère adaptée aux adolescents non entraînés. De plus cette façon de faire risquerait de les rebuter.

 

Actuellement, dans quelle mesure la méditation est-elle utilisée en milieu scolaire ?

JDC : Dans sa signification indiquée ci-dessus, elle prend de plus en plus d’ampleur dans le milieu scolaire, grâce au RYE, certes, mais aussi à l’implication de personnalités telles que Frédéric Lenoir qui est d’ailleurs venu visiter mes classes à Fribourg, en Suisse, et qui m’a encouragé à écrire ce livre qu’il a préfacé.

Notons que, tout comme le yoga, la méditation au collège ou au lycée se présente sous trois aspects complémentaires : elle peut se pratiquer comme exercice de transition au début ou à la fin d’un cours : par exemple, les élèves se concentrent sur un cercle de couleur ou un son au commencement d’une leçon pour mieux mobiliser la vue ou l’ouïe.

Mais la méditation peut aussi être directement intégrée à l’enseignement lorsque les élèves se représentent sur le plan mental avec leurs sens intérieurs un épisode historique, une scène de roman, voire une liste de vocabulaire d’une langue étrangère. Enfin, la méditation est un outil puissant pour se préparer à une situation en créant intérieurement les conditions de la réussite, comme pour le baccalauréat.

 

Quels sont les bienfaits de la médiation pour les jeunes ? En quoi peut-elle aider à la résolution non-violente des conflits ?

JDC : Les bienfaits sont multiples. La méditation permet de développer à la fois la concentration, le calme et la créativité en permettant à l’élève, non seulement de mieux apprendre mais aussi de mieux s’épanouir en devenant ce qu’il est appelé à être. Elle accompagne ainsi l’éducation (du latin e-ducere, conduire hors de…) car elle libère des conditionnements et des peurs en fortifiant l’esprit critique et la confiance en soi.

Enfin, last but not least, la méditation permet incontestablement de mieux vivre ensemble. En quoi ? En nous apprenant à prendre du recul face à l’immédiateté de telle situation, en nous permettant de prendre la place du cocher plutôt que de monter sur nos grands chevaux devenus fous. Que de fois ai-je dit à mes élèves de « monter au sommet de leur montagne intérieure », pour reprendre les mots de Simone Weil !

Exemple : si vous avez le réflexe d’observer, ne serait-ce qu’un court instant, votre souffle en même temps que la colère qui monte comme une vague, vous allez désamorcer la violence. Mais il est évident que ces attitudes s’apprennent en dehors des moments critiques, notamment par la pratique de la « conscience témoin ».

 

En nous reliant à notre centre profond, la méditation nous ouvre paradoxalement à l’autre, comme le montre l’image du collier de perles : n’est-ce pas au centre de la perle que se trouve le fil d’or qui la relie en un collier à toutes les autres ? D’où les exercices de dialogue et d’entraide proposés dans ce livre (cf. exercices 40 ou 41). Or pour vraiment dialoguer, comme le dit Socrate, il fait commencer par apprendre à écouter vraiment l’autre, en « faisant le vide », c’est-à-dire place nette à l’intérieur de soi pour l’accueillir. C’est ici qu’intervient la méditation.

 

Pourquoi avez-vous ciblé les élèves de Collège et Lycée en particulier (et pas ceux de primaire par exemple) ?

JDC : Ce livre fait suite au Manuel du yoga à l’école écrit avec Micheline Flak et qui s’adresse à des élèves un peu plus jeunes. Je ne voulais pas redire la même chose, ce d’autant plus que près de 30 ans ont passé depuis la rédaction de l’autre ouvrage, laps de temps durant lequel je me suis consacré surtout à des collégiens et à des lycéens, après avoir été instituteur dans les années 70. De plus, je trouve que le terme « méditation » est plus approprié pour les « grands ». Les exercices proposés ici peuvent d’ailleurs tout aussi bien être pratiqués par des adultes, professeurs ou parents.

 

Dans tous les exercices que l’on peut trouver dans votre livre, quel est celui par lequel vous recommanderiez de commencer pour s’initier à la méditation ? Pourquoi ?

JDC : L’exercice 1, évidemment, que je n’ai pas mis là par hasard. Je l’ai intitulé « Le tour du logement ». Il s’agit de la « rotation de la conscience » pratiquée dans le yoga nidra où l’on visite consciemment, selon un ordre précis, les différentes parties du corps. Pourquoi est-ce primordial ? Parce que, dans notre système scolaire, nous privilégions le mental au point que nos élèves ont souvent « la grosse tête » après des exercices de maths et de grammaire ou après avoir navigué sur leur écran. D’où le besoin de revenir dans le corps physique, cette prise de terre, pour ne pas disjoncter.

 

 

Pensez-vous que les enseignants devraient davantage se former à des techniques de méditation en milieu scolaire ? Pourquoi ? En quoi, cela les aiderait-il au quotidien ?

JDC : À la suite d’une conférence en Suisse que je viens de donner sur le sujet de ce livre, un haut responsable des universités n’a même pas posé la question : il a affirmé tout de go que cette formation à la méditation et à l’intériorité devrait être intégrée partout à la formation des maîtres, surtout à l’ère de la digitalisation dans notre société des écrans. Je partage évidemment cet avis.

 

On ne peut pas en effet introduire ces méthodes de méditation en classe sans les avoir préalablement pratiqué soi-même. De même, il est évident qu’un professeur de mathématiques doit s’être initié aux mathématiques. Cela est encore plus vrai pour le yoga et la méditation. Dans le cas contraire, si le professeur ne fait qu’appliquer ces exercices comme des recettes, il passera à côté du sujet et ses élèves auront tôt fait de remarquer son incompétence ! D’où la formation sérieuse proposée au RYE France.

 

La méditation et le yoga bénéficient d’abord aux enseignants qui, ensuite, en feront profiter leurs élèves. L’enseignant transmet toujours un savoir à travers ce qu’il est, à travers un « savoir-être ». On aura beau lui transmettre la didactique la plus sophistiquée, s’il n’a pas travaillé sur lui-même pour développer son écoute, sa gestion du stress ou sa confiance en soi devant une classe, il ne pourra devenir ce qu’on appelle un « bon prof ». C’est là que la méditation intervient en l’aidant à aller au cœur de lui-même pour en extraire ses trésors cachés.

 

Si cet ouvrage vous intéresse vous pouvez vous le procurer ici.

Découvrez le manuel de méditation au collège et au lycée de Jacques de Coulon

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