Stéphanie Druesne est professeure d’EPS dans un lycée d’Orléans. Elle s’occupe des classes de seconde, première ainsi que des terminales générales, techniques et professionnelles. Depuis 2 ans elle intègre les techniques RYE au sein de ses cours et dans l’association sportive de son établissement.

 

Quelle est votre histoire avec le RYE et le yoga ?

SD : J’ai découvert le RYE quand je débutais ma carrière d’enseignante en 1999, en lisant un article dans la revue EPS. En parallèle, j’avais commencé à pratiquer le yoga lorsque ma pratique sportive ne répondait plus à mes attentes.

Quand j’ai commencé à enseigner au lycée en 2011, ma sœur, qui est professeur de yoga et professeur des écoles, avait commencé à suivre des cours au RYE et son enthousiasme m’a donné envie de me lancer à mon tour. J’ai débuté ma formation avec un stage sur la préparation aux examens car je m’étais aperçue que les lycéens étaient vraiment stressés à l’approche du baccalauréat.

Comment avez-vous introduit le yoga au sein de votre lycée ?

SD : J’intègre le yoga de trois manières différentes.

Ma première envie était d’aider les élèves à lutter contre le stress. En 2016, j’ai donc ouvert un atelier de préparation aux examens avec une classe de terminale dont les élèves étaient tous redoublants ou en grande difficulté scolaire.

Par ailleurs, j’intègre désormais le yoga dans la plupart de mes cours d’EPS. Je débute chaque cours avec des exercices d’intériorisation et de visualisation, ce qui permet aux élèves de se recentrer sur eux et sur leur pratique. Je les invite à revivre mentalement ce que l’on a fait lors du cours précédent. Les élèves sont ainsi plus calmes et prêts à s’investir avec attention. En fin de séance je leur propose aussi une relaxation rapide ou bien un yoga nidra.

Par ailleurs, au sein de l’association sportive du lycée, je donne deux cours de yoga ouverts à tous : élèves, enseignants, secrétaires et AED (Accompagnement Educatif à Domicile). Un moment de partage, sans clivage, où tout le monde pratique en tant qu’apprenant. Je propose des exercices de niyama (vivre ensemble) pour faire lâcher les premières tensions, des asanas (postures) qui favorisent l’ancrage et l’ouverture, des exercices respiratoires et de contrôle du souffle puis un yoga nidra, c’est à dire une relaxation profonde guidée.

Quelles techniques RYE utilisez-vous dans vos cours d’EPS ?

SD : Je suis l’échelle de Patanjali, en adaptant les techniques en fonction des séances.

Par exemple, j’utilise des techniques de yama – vivre ensemble –  dans mes cours de danse et des asanas – postures – dans les échauffements d’accrosport. Dans les cours d’escalade, les techniques RYE me sont aussi utiles pour aider les élèves à mieux appréhender leurs peurs face à cette discipline.

D’une manière générale, j’explique à mes élèves que le yoga leur permet de mieux gérer leur stress et leurs émotions au quotidien. Par ailleurs, à cet âge, les adolescents ne sont pas totalement à l’aise avec leur corps et les exercices de yoga que je leur propose les aident à mieux s’accepter, à mieux se mettre en relation avec eux-mêmes.

Comment vos élèves accueillent-ils ces techniques ?

SD : Ceux qui viennent à mes cours de l’association sportive le font de leur plein gré, ils sont réceptifs et motivés. En cours d’EPS, j’ai rencontré quelques récalcitrants au début mais au fur et à mesure des séances, ils jouent de plus en plus le jeu. Ils commencent vraiment à ressentir les bienfaits des exercices, physiquement et mentalement.

Avez-vous vu une évolution dans leur comportement pendant les cours ?

SD : Je l’ai surtout vu pendant les séances d’escalade : des élèves qui avaient du mal à exprimer leurs angoisses sont maintenant plus ouverts et plus libres. Par ailleurs, je remarque que, d’une manière générale, il y a plus d’échanges, plus de dialogues avec et entre les élèves.

Avec les jeunes de la filière professionnelle, je n’ai pas le même public, c’est un peu plus long et il y a encore du travail. Je remarque néanmoins qu’il y a davantage de respect entre eux aujourd’hui. Ils sont aussi plus observateurs, prennent plus de distance, réalisent que la parole a un réel impact et qu’il faut donc la mesurer.

L’intégration du yoga dans votre établissement a-t-elle été facile ?

SD : J’ai eu la chance d’être très encouragée par la proviseure de l’établissement qui voit dans le yoga un moyen de réduire considérablement le stress des élèves. Elle pousse également les professeurs et les personnels de l’établissement à assister à mes cours de yoga au sein l’association sportive. Certains de mes collègues viennent aussi d’eux même, preuve qu’ils y trouvent sans doute un moyen de relâcher les tensions accumulées.

Quels conseils donneriez-vous à un professeur qui souhaiterait introduire le yoga dans son établissement ?

SD : Pour utiliser les techniques de yoga en classe de manière régulière, l’important est de le faire dès le premier contact avec les élèves, en commençant notamment par des exercices de vivre ensemble. Cela permet d’instaurer immédiatement une relation avec le professeur ainsi qu’un climat de classe positif, fondé sur l’écoute de soi et des autres.  Par ailleurs, d’une manière générale, si l’on arrive à donner de la cohésion, les élèves accueilleront le reste.

A qui recommanderiez-vous de se former aux techniques RYE ? 

SD : Je pense que beaucoup de personnes du milieu scolaire auraient besoin de ces outils au quotidien, notamment le personnel médico-éducatif et la vie scolaire. Par exemple, l’infirmière scolaire de mon établissement reçoit beaucoup d’élèves qui font des crises d’angoisse. Les CPE de leur côté, interviennent auprès des élèves qui rencontrent des difficultés ou pour gérer des conflits au sein des classes entre élèves ou avec un professeur. Les outils du RYE pourraient les aider à mieux appréhender ces situations et leur donneraient des clés pour aider les élèves à calmer leurs émotions. Il me paraît aussi très important de former des jeunes professeurs à ces techniques.

Comment voyez-vous l’avenir du yoga dans l’éducation ?

SD : Au sein de ma discipline, une réflexion sur le futur lycée en vue des nouveaux programmes, est ouverte. On s’interroge sur la manière d’apporter aux jeunes des outils qui pourraient les aider gérer leur vie physique et mental. Les techniques de yoga et de relaxation proposées par le RYE auraient toute leur place pour compléter et enrichir les objectifs de l’EPS.

Enfin, je suis heureuse de constater que des dispositifs se mettent en place pour faciliter le financement de projet pédagogique pour le bien-être à l’école. Comme le CESC (Comité d’Education à la Santé et à la Citoyenneté) * dont je fais partie depuis deux ans. Il peut financer différents projets, notamment l’introduction du yoga dans les établissements.

*Le CESC est une instance de réflexion, d’observation et de proposition qui conçoit, met en œuvre et évalue des projets en matière d’éducation à la citoyenneté, à la santé et de prévention de la violence, intégrés au projet d’établissement. Il concerne tous les établissements du second degré.