Pionnière du Yoga à l’école qu’elle a introduit en 1973 au Collège Condorcet de Paris, Micheline Flak a fondé le RYE (Recherche pour le Yoga dans l’Education), aujourd’hui reconnu par le Ministère de l’Education Nationale.

Comment avez-vous été amenée à introduire le yoga à l‘école ?

J’étais professeur d’anglais et j’ai appris le yoga avec un grand maître indien : Swami Satyananda. En constatant le bienfait que me procurait le yoga, j’ai décidé de l’introduire dans mes classes. Très vite, les élèves se sont montrés enthousiastes, curieux d’apprendre, plus attentifs. Et me redemandaient de faire une posture ou de la relaxation. J’ai compris qu’il fallait changer le « climat » à l’école et intégrer le yoga dans la pédagogie scolaire pour optimiser les conditions d’apprentissage. Notre système répète « faites attention ! », « taisez-vous ! », « écoutez-moi !», comme s’il était simple d’effectuer cet effort ! Le développement de l’attention et de la concentration est une entreprise et le yoga, discipline par excellence du corps et de l’esprit, offre des techniques pour rendre le mental actif et réceptif à la fois.

En quoi aide-t-il à apprendre ?

Le yoga a un lien évident avec l’éducation car il développe le calme, l’écoute, l’observation, la concentration et la mémorisation. Au plan neurologique, il stimule les zones du cerveau impliquées dans l’apprentissage. Les enfants sont trop dispersés avec les ordinateurs, la télévision, les jeux… Ils sont dans le zapping permanent et ont du mal à se poser.  Par des techniques de concentration et d’observation, on amène les élèves à se poser, se concentrer. Avec les étirements, les respirations et la relaxation, on évacue le stress.

Vous insistez sur la respiration : pourquoi ?

La respiration spontanée a un lien direct avec les émotions et le système nerveux. En respirant consciemment, on agit sur le système parasympathique … qui détend. C’est précieux : à l’école, il y a une suractivation constante du système sympathique : hyper sollicitation intellectuelle, journées longues, stress, bruit, agitation, fatigue… La détente, via le souffle, est nécessaire pour réduire ce stress et la nervosité mentale qui empêchent l’élève d’être présent et de mémoriser.

Le Yoga à l’école est-il un yoga particulier ?

Quand des enfants viennent dans un centre de yoga, ils viennent volontairement, dans un lieu propice. A l’école, entre chaises et tables, ils n’ont rien demandé et il faut adapter le yoga au cadre matériel. Ce n’est pas un cours « classique » et les élèves n’aiment pas trop se lever de leurs chaises. C’est du raja yoga qu’il faut, le yoga mental : concentration, visualisation, relaxation. Un yoga qui se situe dans la tête, en lien direct avec l’apprentissage puisque l’on travaille à optimiser sur les capacités du mental, dont la nature même est d’être en agitation.

Vous avez fondé le RYE en 1978 : sur quoi repose sa philosophie ?

J’avais deux objectifs : mettre en place un yoga pédagogique et former des enseignants afin qu’ils intègrent ces pratiques. Le yoga à l’école exige une réelle formation pour savoir quel yoga introduire selon la psychologie des élèves, leur profil et leurs facultés cognitives. Dès mes débuts, je suis rentrée en contact avec d’autres formes de pédagogie. Dont celles qui habituent les enfants à interagir avec la collectivité. Le yoga du RYE ce n’est pas que des postures ! C’est aussi beaucoup le vivre ensemble, la confiance en soi, qui à son tour favorise la curiosité d’apprendre et les facultés cognitives.

40 ans après avoir introduit le Yoga à l’école, le RYE est reconnu par le Ministère de l’Education Nationale : qu’est-ce que cela vous fait ? Et augure ?

Satyananda m’a dit : « un jour le yoga sera dans toutes les écoles ». Je ne pensais pas voir cela en France de mon vivant ! L’obtention de l’agrément en mai 2013 est à la fois un accomplissement et l’amorce d’un changement profond dans l’éducation. On en a peu parlé mais l’entrée « officielle » du yoga à l’école est une révolution ! Je pense qu’il va se répandre de plus en plus, comme cela est déjà le cas. Et le jour où il sera validé scientifiquement, il y aura un véritable essor. Quant au RYE, il organise des formations dans plusieurs villes de France (Bordeaux, Lille, Grenoble, Saint Raphaël, Rennes, La Réunion, la Guadeloupe), car étant la seule association française reconnue, nous formons beaucoup de professeurs.

D’autres pays ont intégré le yoga dans l’Education, comment se situe la France ?

En Italie, Israël, Brésil, Canada… le yoga à l’école est reconnu par le gouvernement. Le RYE, forme des enseignants à l’étranger et nous sommes présents dans 12 pays. Au vu du nombre croissant d’établissements qui intègrent le yoga, il était bien que la France le reconnaisse. D’autre part, le RYE est membre associé de l’Union Européenne de Yoga qui postule la reconnaissance de cette discipline auprès du Parlement européen. Lequel exige qu’il y ait une dimension éducative. Ce qui laisse à penser que l’éducation serait le vrai créneau du yoga.

Publications : « Des enfants qui réussissent, le Yoga dans l’éducation », Micheline Flak et Jacques de Coulon, 2015, Ed. Payot