Et si un mental libéré de toute émotion négative permettait aux élèves de mieux apprendre et de mieux vivre ensemble ?

Nicole Vaitylingon, enseignante et représentante du RYE en Guadeloupe, a mis en place le projet « Sur le chemin de la liberté » au collège Raizet, en Guadeloupe. Il consiste à prendre en compte – à travers différents ateliers et exercices de yoga et de relaxation – la dimension émotionnelle de l’élève à l’école. L’objectif est de libérer l’enfant ou le jeune de ses émotions négatives pour mieux l’aider à apprendre et à améliorer le vivre ensemble.

Ce projet a été classé dans le top 30 sur plus de 400 projets présentés lors de la Journée nationale de l’Innovation, organisée par le ministère de l’Éducation nationale le 29 mars 2017. Entretien avec Nicole.

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En quoi consiste votre projet « Sur le chemin de la liberté » ?

N. V. J’ai élaboré ce projet dans le cadre de la prévention du décrochage scolaire. Il vise à prendre en compte la dimension émotionnelle de l’élève à l’école, à travers l’organisation d’ateliers de développement personnel, de techniques de Yoga dans l’Éducation du RYE, d’activités relaxantes, artistiques ou encore physiques.

Il s’agit de libérer les élèves des émotions négatives pour ensuite stimuler leurs facultés en termes de mémorisation et de concentration, mais également d’améliorer leur estime et leur confiance en eux, ainsi que le vivre ensemble à l’école.

Comment s’articulent les temps d’activités et de relaxation avec les temps d’enseignement scolaires ?

N. V. Ces activités de yoga dans l’Éducation et de relaxation sont menées soit en début de cours de façon régulière, soit lors d’ateliers spécifiques, menés par un coach, des enseignants formés ou sensibilisés.

Par ailleurs, une psycho-relaxologue, Mme Isimat-Mirin et une sophrologue, préparent les élèves à la gestion du stress en période d’examens. Certains élèves sont aussi pris en charge lors de l’accompagnement personnalisé.

Enfin, un atelier de communication non-violente est aussi mis en place, ainsi que des films éducatifs dans le cadre du parcours citoyen, et une vraie éducation à l’amour de soi et de son corps dans le cadre du parcours santé. Depuis deux ans, nous célébrons également la journée internationale de la Non-Violence.

Pourquoi est-ce important de prendre en compte la dimension émotionnelle des élèves à l’école ?

N. V. Les travaux réalisés en neurosciences affectives, nous confortent dans notre initiative. De plus en plus de chercheurs, tels que Enrique Séqueira de l’Université de Lille ou encore le Dr Catherine Guéguen, nous expliquent que l’environnement social et affectif agit sur le cerveau cognitif de l’humain.

D’une manière générale, l’école a peu pris en compte la surcharge émotionnelle des élèves, comme facteur de décrochage scolaire. Or, un mental apaisé est davantage en mesure de recevoir un enseignement, qu’un mental perturbé.

Patanjali, en Inde, il y plus de 2000 ans en codifiant la science du yoga en 8 étapes, a été un pionnier en la matière. Et le RYE fait un travail considérable en terme de didactisation et de pédagogie pour mettre à la portée de tous les personnels en charge d’enfant, ces techniques ancestrales du yoga. Aussi me semble-t-il justifié de donner une place plus importante à cette pratique en milieu scolaire.

Pour quelles raisons avez-vous souhaité mettre en place ce projet ? Y a-t-il eu un élément déclencheur particulier ?

N. V. Nouvellement nommée dans l’établissement du Raizet, j’ai été frappée par l’agitation des élèves. L’idée m’est venue de travailler sur un projet qui aiderait certains élèves repérés, à apaiser leur mental.

La direction m’a d’emblée soutenue dans cette initiative. Identifier le mal-être des élèves et le faire prendre en charge par un coach, puis un psychologue en exercice libéral, m’a semblé être un moyen efficace d’agir en amont pour changer leur regard sur eux-mêmes, sur la société et sur l’école.

En débarrassant leur mental de tout ce qui les empêche de se concentrer, et de vivre dans l’instant présent, il y a de fortes chances qu’ils s’en sortent mieux à l’école, car ils sont tous dotés de talents et d’intelligence.

Les enfants, professeurs et parents sont tous impliqués : comment l’idée de ce projet a-t-elle été accueillie par les différentes parties ?

N. V. L’adhésion au projet a été progressive, car quand nous avons commencé, il y a trois ans, de nombreux personnels et parents d’élèves n’étaient pas forcément sensibilisés à cette notion de stress chez les élèves.

Depuis, la situation a pas mal évolué. Beaucoup de parents en voient l’intérêt, car ils commencent à voir les effets sur les élèves et nous encouragent à continuer.

Quant aux personnels, plus de 25 enseignants de notre établissement sur 50 ont suivi la formation sur site sur la gestion du stress. Trois ont suivi le premier module des TYE (Techniques de Yoga dans l’Éducation) en Guadeloupe et les mettent en pratique dans leur classe. Et d’autres commencent leur cours, soit par l’écoute de musique douce, soit par des activités de relaxation, concentration. La vie scolaire et le foyer ont mis en place un atelier de bien-être et de mandalas.

D’autres collègues animent des ateliers d’expression artistique, littéraire, dramatique, de slam et plus tard d’arts martiaux, de boxe, pour aider les élèves à se libérer de leur colère, angoisse, peurs…

Avez-vous constaté des changements chez les enfants depuis la mise en place des activités ? Des changements d’ambiance dans l’école d’une manière générale ?

N. V. Oui, nous voyons le climat de l’établissement s’apaiser progressivement. Les élèves sont de plus en plus conscients que la violence n’est pas la solution. Certains ont vraiment changé de comportement face aux provocations de leurs pairs et énoncent clairement ce que ce projet leur apporte en terme de gestion des émotions désagréables.

Quelles ambitions avez-vous pour votre projet ? Pensez-vous qu’il puisse s’étendre à l’ensemble de la Guadeloupe ?

N. V. C’est bien là notre vœu ! Nombre de parents, d’enseignants, de personnels de santé et de vie scolaire, sont de plus en plus sensibilisés à l’importance de la relaxation et du yoga dans l’Éducation.

Depuis le premier module de formation aux TYE en Guadeloupe, j’ai déjà été sollicitée par d’autres établissements scolaires, des crèches, des associations prenant en charge des jeunes, des particuliers qui souhaiteraient apaiser le mental de leurs enfants.

Avec l’exposition du projet « Sur le chemin de l’école » à la Journée Nationale de l’Innovation, à Paris le 29 Mars 2017, nous espérons même que ce projet dépassera nos frontières, non comme un modèle, mais davantage comme un exemple, parmi d’autres, de ce qui peut se faire pour mieux prendre en charge nos élèves et pour leur redonner l’envie d’apprendre.