Hélène Airey, formée aux techniques RYE, intervient deux jours par semaine dans une école qui a instauré le yoga comme matière à part entière dans les classes de maternelle et d’élémentaire.

Comment le projet s’est-il mis en place ?

H.A. Professeur des écoles en disponibilité, j’ai pratiqué le yoga nidra de manière personnelle pendant de nombreuses années avant de devenir professeur de yoga. En 2011, après une rencontre avec Micheline Flak et ayant le désir de travailler avec des enfants, je me suis formée aux techniques RYE.

Rapidement, le Centre Actif Bilingue (CAB) de Fontainebleau – une école privée hors contrat – m’a contactée pour mettre en place un atelier en classe de CM1/CM2. Il y a rapidement eu une forte adhésion à la démarche, si bien que l’école m’a très vite demandé d’étendre les cours de la classe de CP au CM2.

À la rentrée 2016, une étape de plus a été franchie : à l’exception des tout petits (moins de 3 ans), l’ensemble des enfants de la maternelle au primaire, pratiquent cette année le yoga. Au total, cela représente plus de 130 enfants. L’objectif qui m’a été donné : les aider à l’apprentissage et à la concentration.

Comment intervenez-vous auprès des enfants ?

H.A. Les classes sont divisées en deux : nous travaillons en groupe de 12 maximum. Je dispense une heure de cours pour chaque groupe de primaire et une demi-heure pour ceux de maternelle. Au total, j’interviens sur deux journées complètes. Le yoga fait donc partie du planning de cours au même titre que les autres disciplines.

En fonction des semaines et des séances, j’interviens soit dans les classes, soit en salle. Lorsque nous restons en classe, les enseignants assistent au cours et prennent des notes de manière à refaire certains exercices dans la semaine.

Je varie les pratiques et les exercices en fonction de l’état émotionnel des enfants et du calendrier scolaire. Il y a des séances où l’on s’amuse, où l’on rit, d’autres où l’on se relaxe, d’autres encore où l’on se dynamise et se concentre.

À partir du CP, j’essaye de glisser aux enfants une petite leçon à la fin de la méditation, un moment propice à la mémorisation. Je me coordonne donc avec les professeurs qui m’informent du programme et me donnent un exercice en rapport avec celui-ci.

Par ailleurs, à partir du CE1, je forme les enfants à donner eux-mêmes une partie du cours de yoga. À tour de rôle, ils prennent ma place et donnent les consignes pour réaliser une pratique. Cela leur permet de prendre confiance en eux lorsqu’ils s’expriment en public.

Comment préparez-vous vos séances ?

H.A. Je me base bien sûr sur les techniques RYE et la progression sur l’échelle de Patanjali mais je me sers aussi de ma créativité. Je m’inspire notamment beaucoup des livres. Pour les maternelles par exemple, on ne peut pas prévoir une séance formelle. Je commence souvent par leur raconter une histoire puis nous faisons des postures en fonction de celle-ci. Je travaille par ailleurs en coopération avec les enseignants pour suivre leurs thèmes : les saisons, les fêtes, etc.

Comment réagissent les enfants ? Avez-vous remarqué un impact sur leur développement, le vivre-ensemble, la concentration, etc. ?

H.A. Les résultats sont très encourageants : d’après un questionnaire que j’ai fait circuler en fin d’année, les enfants apprécient tous les techniques.

J’ai observé de vrais changements chez certains d’entre eux. D’une part au niveau de la prise de confiance et de l’assurance, d’autre part au niveau de l’apaisement. Certains petits qui étaient très agités ont évolué en quelques mois et sont désormais bien plus calmes.

En ce qui concerne la prise de confiance, l’an dernier j’ai été ravie d’assister à la transformation d’un enfant qui avait jusque-là de grosses difficultés à prendre la parole en public. Au mois de juin, lors d’un des derniers cours de l’année, il s’est porté volontaire pour venir à ma place faire le cours de yoga. Il avait noté toutes les consignes dans les détails et s’est parfaitement débrouillé. C’était un moment très fort pour toute la classe.

Je suis également heureuse de constater que les enfants développent de véritables notions de vivre-ensemble. Par exemple, cette année, j’ai travaillé sur le thème de la fête des lanternes, une tradition allemande que l’école célèbre chaque année. L’histoire veut que Saint-Martin, un soldat romain, ait donné la moitié de sa cape à un mendiant qu’il avait croisé en arrivant dans une ville à cheval. Le thème était donc celui du partage, de la gentillesse et de la bienveillance. J’ai organisé ma séance dessus, en faisant pratiquer aux enfants des postures pour incarner tour à tour Martin fatigué de son trajet à cheval, puis le mendiant qui avait mal au dos. J’ai terminé la séance par une relaxation lors de laquelle, par binôme, chaque enfant a pris soin l’un de l’autre.

Les retours que j’ai eus ont été extrêmement positifs ! Non seulement les enfants étaient dans un excellent état de relaxation mais surtout ils ont compris qu’ils prenaient soin de leur camarade et que cette bienveillance venait d’un élan de leur part.

Qu’est-ce que le yoga apporte à la vie de l’école et aux enseignants ?

À l’issue de chaque séance, nous échangeons avec les enseignants. Le yoga est l’occasion pour les enfants d’exprimer leurs ressentis et leurs émotions, ce qu’ils ne peuvent pas toujours faire en classe. Avec nos regards croisés – le mien et celui des enseignants – nous affinons la connaissance que nous avons des enfants, tant sur le plan individuel que collectif.

Quelles sont les réactions autour de vous, notamment au sein de l’école ?

H.A. Il y a une vraie adhésion au projet au sein de l’école, de la part des enfants mais aussi de toute l’équipe enseignante et de la direction. Les parents soutiennent également l’initiative. D’une manière générale, nous recevons beaucoup d’encouragements. La subvention de la Fondation de France va d’ailleurs dans ce sens. La plus belle preuve ? L’école souhaite étendre le projet aux tout petits l’an prochain. C’est très enthousiasmant de participer à un tel projet !