La maîtrise du corps (SUITE)

3°) RESPIRATION

A partir du livre « La psychomotricité au service de l’enfant »

Bruno DE LIÈVRE et Lucie STAES

Ed. De Boeck et Belin

Depuis sa création, le RYE est animé par une constante démarche de recherche sur les moyens de transmettre le yoga aux enfants et aux jeunes. Sur notre site internet, nous donnons notamment la parole à différents spécialistes qui ont tous une expertise reconnue dans les milieux du yoga et de l’éducation. Voici le quatrième volet d’une série d’articles rédigés par Michèle DESRUES – pédiatre et professeure de yoga – sur l’accompagnement du yoga dans l’acquisition du schéma corporel et le développement de l’enfant à tout âge.

Au cours des trois premiers volets de cette série consacrée à la notion du schéma corporel, nous avions précisément abordé les cinq premières étapes d’acquisition du schéma corporel pour l’enfant (1), puis l’étape du corps maîtrisé grâce à la fonction posturale (2), et enfin la coordination (3).

Dans ce nouvel article, nous allons désormais nous pencher sur la notion du corps adapté par la respiration, essentielle dans la construction du schéma corporel de l’enfant.

Un rappel avant tout chose  :

Le corps est l’un des instruments de l’être humain. Il doit pouvoir répondre correctement aux désirs de l’individu, mais aussi s’adapter à l’environnement. Dans cette étape, l’enfant, petit à petit, va maîtriser les différentes possibilités de son corps.

Cela passe par :

– La fonction posturale

  1. Tonus
  2. Équilibre
  3. Inhibition
  4. Relaxation

– La coordination

  1. Coordination dynamique globale
  2. Coordination des mouvements
  3. Coordination oculomotrice

– La respiration

– La sensibilité

Rappelons que pour des raisons de simplification, ces fonctions sont étudiées séparément, mais elles « avancent » ensemble. De même, les âges sont donnés à titre d’information et ne doivent pas être interprétés comme des repères absolus.

Abordons désormais l’étape de la respiration pour l’enfant.

 

LA RESPIRATION

Les exercices respiratoires favorisent la prise de conscience du corps. Pour l’enfant, le contrôle progressif de sa respiration va lui permettre une maîtrise plus complète de son corps, mais aussi une meilleure adaptation de son souffle aux exercices dynamiques (notamment pour éviter un essoufflement trop important). Ces exercices permettent de mieux oxygéner le corps et notamment le cerveau. Ils sont à la base de tout travail rythmique. Le but est ainsi d’aider l’enfant à prendre, petit à petit, conscience de sa respiration, et par là, mieux la contrôler.

Le système respiratoire de l’enfant

A la 28e semaine de la grossesse, le système respiratoire du nourrisson est assez développé pour lui permettre de respirer de façon autonome. Les poumons de fœtus sont remplis de liquide, et tous les échanges respiratoires s’effectuent par le placenta.

A la naissance, les voies respiratoires se vident de leur liquide et elles se remplissent d’air. Le bébé doit alors respirer par lui-même, car il ne reçoit plus de sang oxygéné par le cordon ombilical. Le centre inspiratoire est stimulé et le bébé prend sa première inspiration. Les alvéoles se gonflent et les échanges gazeux s’y amorcent. Les poumons ne se dilatent pleinement que deux semaines plus tard.

– La fréquence respiratoire est de 40 à 80 respirations par minute chez le nouveau-né. Puis, elles sont d’environ 25 respirations par minute chez l’enfant de 5 ans, puis de 12 à 18 respirations par minute chez l’adulte. De la naissance au début de l’âge adulte, les poumons continuent de se développer et le nombre d’alvéoles est multiplié par six.

Les côtes du nourrisson sont presque horizontales. Chez lui, l’accroissement du volume thoracique, à l’inspiration, repose presque entièrement sur la descente du diaphragme. Le bébé respire « par le ventre ».

Ensuite, jusqu’à 2-3 ans, le thorax est plat et les côtes restent horizontales. Entre 8 et 12 ans, les côtes deviennent plus obliques, permettant ainsi une plus grande amplitude respiratoire. Les volumes du cœur et des poumons augmentent, alors que la cage thoracique est encore exigüe. A partir de 12-14 ans, avec la puberté, la croissance de la colonne vertébrale, la maturation des côtes et la capacité de la cage thoracique rejoignent celles de l’adulte.

En conséquence, la prise de conscience de la respiration chez l’enfant porte sur :

  • – La différence entre l’inspiration et l’expiration 
  • – Le mode respiratoire : nasal ou buccal 
  • – La localisation thoracique ou abdominale (plus précisément diaphragmatique)

Rappelons qu’il n’y a pas d’air dans le ventre. C’est parce que le diaphragme descend à l’inspiration que le ventre se bombe sous la poussée des organes abdominaux. Il vaut mieux donc, parler de ventre « bombé » et non pas « gonflé ».

Le contrôle respiratoire va de pair avec la découverte de variations possibles selon :

  • – La durée (souffler le plus longtemps possible) 
  • – Le rythme (respirer régulièrement suivant son propre rythme – rapide ou lent – ou suivre un rythme donné) 
  • – La force (« prendre » ou « souffler » beaucoup d’air en une seule fois)

A chaque âge ses exercices de respiration

3 ans :

Une première prise de conscience peut se faire à partir de la respiration spontanée de l‘enfant sous forme de jeu. L’enfant prend facilement conscience de l’expiration buccale.

Exercice :

1) L’enfant prend facilement conscience de l’expiration buccale. Il peut par exemple :

  • souffler dans un sifflet
  • faire tourner un moulinet de plage
  • éteindre une bougie

2) On stimule aussi son expiration nasale en apprenant à l’enfant à « se moucher ».

Pour ceci :

  • – On habitue l’enfant à avoir le nez dégagé
  • – On lui fait sentir l’air qui sort du nez de l’adulte
  • – On peut aussi placer horizontalement, sous le nez de l’enfant, une feuille de papier couverte de sucre semoule. – Il constatera que lorsqu’il souffle, le sucre recule.
  • – On peut lui faire mettre en mouvement un morceau d’ouate à l’aide de son souffle.

Il peut arriver que l’enfant comprenne le mécanisme de l’expiration nasale, mais qu’il n’ait pas encore assez de force pour se moucher vraiment.

Pour avoir une autre idée d’exercice, n’oublions pas que chanter, c’est aussi expirer.

4 ans :

L’enfant est capable de comprendre la distinction entre l’expiration nasale et buccale.

Exercice :

  • – Placez un mouchoir sur le visage de l’enfant. Demandez-lui de souffler tantôt par le nez, tantôt par la bouche pour faire voler le mouchoir.
  • – Demandez d’imiter le ronflement de papa en faisant du bruit avec la bouche. Petit à petit, il inspirera par le nez et ronflera avec la bouche.

5 ans :

L’enfant discerne bien l’inspiration et l’expiration.

Exercice :

Assis ou couché sur le dos, il place la main sur son ventre ou sa poitrine. On lui demande de respirer à fond, et de sentir que sa main monte quand il prend de l’air, puis descend quand il souffle. On peut bien sûr aussi placer un petit bateau en papier ou un doudou (ou tout autre objet léger) sur le ventre de l’enfant.

Dès cet âge, nous pouvons présenter des exercices de variation de la force expiratoire.

  • – Faites souffler l’enfant avec une grosse paille dans un gobelet : invitez-le à réaliser de très grosses bulles, puis de très petites.
  • – Faites-le souffler fort ou faiblement dans un instrument de musique (flûte ou sifflet)
  • – Demandez-lui d’éteindre une bougie ou de faire simplement bouger la flamme avec son souffle.

Lors de ces exercices, on peut faire comprendre à l’enfant que s’il expire « doucement », il pourra souffler plus longtemps et donc jouer aussi sur la durée.

Pour solliciter l’inspiration, on peut aussi demander à l’enfant :

  • – d’aspirer des petits papiers à l’aide d’une paille, et de les faire se déplacer d’un endroit à l’autre
  • – de gonfler un ballon de baudruche avec le moins d’inspirations possibles
  • – de jouer de l’harmonica en alternant inspiration et expiration

6 ans :

Les jeux respiratoires sont de mieux en mieux contrôlés.

Exercice :

Invitez l’enfant  à :

  • – compter jusqu’à 5 en soufflant de petites bulles, puis dans un temps identiques, souffler de grosses bulles dans un gobelet ;
  • – jouer un air de musique en alternant « fort » ou « faible » ;
  • – souffler sur une balle de ping-pong pour qu’elle roule jusqu’à une limite déterminée.

A partir de 6 ans, des exercices plus analytiques pourront être proposés.

Exercice :

  • L’enfant est couché sur le dos, un objet sur le ventre ou le thorax : il essaye de localiser le lieu de la respiration.
  • Toujours couché sur le dos, ou assis jambes croisées, il prend conscience de son rythme respiratoire. Invitez l’enfant à respirer calmement, profondément, puis à suivre un rythme donné. Pour concrétiser ce rythme, faites-lui prononcer une syllabe lors de l’expiration.

Au delà de 6 ans, le contrôle de la respiration s’affinera encore et celle-ci sera associée à des exercices physiques ou au sport.

La respiration et le yoga chez l’enfant

Le travail sur la respiration  — qui caractérise le yoga — doit donc être adapté à l’enfant, à sa croissance et à ses possibilités anatomiques et physiologiques.

En commençant par le repérage de l’expiration buccale, petit à petit, il sera possible de faire prendre conscience à l’enfant des étages de la respiration, et de la capacité qu’il a de jouer sur sa force et sa durée. Lors des exercices corporels, il ne faut pas attendre de l’enfant qu’il coordonne son geste et son souffle. Il faut seulement lui demander de ne pas bloquer son souffle, mais de toujours respirer.

Soyez vigilant : L’étape de l’Échelle de Patanjali dite « Pranayama » (travail et temps spécifiques sur la respiration) et surtout les rétentions, ne doivent pas être abordées pendant l’enfance. C’est seulement, quand la cage thoracique aura atteint sa taille adulte, à la fin de la puberté, que ce travail particulier pourra commencer.

Et rappelons encore que le chant se fait sur l’expiration.  Invitez donc les enfants à chanter et chanter encore…

Dans la prochaine chronique, nous terminerons notre explication de la notion du schéma corporel, en abordant la sensibilité dans ses trois composantes : externe, interne et proprioceptive.