Depuis sa création, le RYE est animé par une constante démarche de recherche sur les meilleurs moyens de faire pratiquer le yoga aux enfants et aux adolescents. Sur notre site internet, nous donnons notamment la parole à différents spécialistes qui ont chacun une expertise reconnue dans les milieux du yoga et de l’enfance. Dans cette chronique, Michèle DESRUES – pédiatre et professeure de yoga – nous apporte un éclairage sur le processus de croissance des enfants et sur les précautions à prendre dans leur apprentissage du yoga.

Transmettre le yoga aux enfants nécessite de bien les connaître. Énergiques et dynamiques, ces petits êtres en développement grandissent grâce à un processus de croissance et de maturation bien spécifique. Tandis que leur croissance somatique concerne l’augmentation en taille, poids, surface et volume des différentes régions du corps, des organes et des tissus, la maturation représente un perfectionnement des structures et des fonctions dans leur évolution vers l’âge adulte. Le développement psychomoteur, lui, concerne les domaines moteur sensoriel, cognitif, affectif et social. Grâce à ce déroulement général de croissance, les enfants sont ainsi dotés d’une étonnante capacité à apprendre et à assimiler. Enfin il ne faut pas oublier que s’il explique un profil général de déroulement de la croissance de l’espèce humaine, chacun d’entre eux grandit selon son propre rythme.

C’est pourquoi enseigner le yoga aux jeunes réclame non seulement une grande créativité afin que la leçon soit attrayante, mais aussi une réelle capacité d’écoute pour tenir compte de leurs besoins et spécificités. Toute improvisation étant exclue, trois compétences sont indispensables au professeur souhaitant transmettre un enseignement de valeur, inscrit dans la durée.

D’une part, sa connaissance du yoga doit être aussi bien pratique que théorique, afin d’être parfaitement à l’aise dans sa discipline.

D’autre part, une bonne connaissance des enfants et de leurs capacités en fonction des tranches d’âge est indispensable. Car les enfants aiment éprouver leur corps : cela participe à la formation de leur schéma corporel. Il revient ainsi au formateur d’appliquer consciencieusement le premier des “yamas” (règles d’éthique envers les autres) : “ahimsa”, qui signifie “ne pas nuire”. Il doit ainsi prendre toutes les précautions nécessaires pour que les gestes enseignés respectent parfaitement leur corps encore immature et leurs zones fragiles.  

Enfin aborder le yoga avec les jeunes ne se limite pas à l’apprentissage des postures, il s’agit aussi de leur transmettre « l’esprit du yoga ». Cela implique une maîtrise des principes de base d’éducation et de pédagogie.

 

 

Pourquoi grandit-on ? Comment grandit-on ?

 

La croissance est un phénomène continu qui s’opère en trois étapes :

 

– Une période de croissance rapide, de 0 à 4 ans : environ 25 cm la 1e année, 10 cm la 2e année puis 15cms entre 3 et 4 ans.

– Une période de croissance plus lente, de 4 ans au début de la puberté : environ 5-6 cm par an.

– Une grande poussée pubertaire qui se termine entre 18 et 25 ans.

 

Les cellules osseuses se multiplient tout au long de la vie. Les cellules musculaires dont le pool est présent dès le départ, s’hypertrophient. La laxité est liée aux ligaments et capsules articulaires. Elle est fixée génétiquement mais s’entretient. Chaque région du corps, chaque organe, a sa propre vitesse de croissance. Les membres atteignent leur croissance maximale à l’arrivée de la puberté, la colonne vertébrale croît surtout pendant et après la puberté. La croissance de l’encéphale estimée par la mesure du périmètre crânien, s’effectue à la vitesse la plus rapide au cours des deux premières années. L’encéphale atteint ainsi son volume presque définitif à l’âge de 5 ans.

 

 

Croissance des os après la naissance

 

Au cours de l’enfance et de l’adolescence, les os longs s’allongent sous l’effet de la croissance d’un cartilage. Ce dernier appelé “cartilage de croissance” (ou encore “cartilage de conjugaison”) se remplace progressivement par de l’os. Tous les os s’épaississent sous l’effet de l’activité du périoste qui est la membrane recouvrant la face externe de l’os. La plupart des os cessent de croître vers la fin de l’adolescence. Cependant, certains os de la face tels que ceux du nez et de la mâchoire inférieure continuent leur croissance de manière imperceptible tout au long de la vie.

 

 

Le cartilage de croissance, appelé aussi cartilage de conjugaison : allongement et maturation

Les os des enfants ne sont pas constitués d’une seule pièce. Il existe un cartilage à leurs extrémités qui pendant toute l’enfance est le siège d’un double processus. Il se situe entre la diaphyse ou corps de l’os et l’épiphyse ou tête de l’os. D’une part, en fabriquant de l’os, il assure son allongement. D’autre part en modifiant son aspect et son fonctionnement, il participe à la maturation de l’os. La croissance en longueur se termine avec la fusion de la matière osseuse de la diaphyse avec celle des épiphyses. Elle survient vers 18 ans chez la femme et 21 ans chez l’homme.

 

 

 

 

Sur le cartilage de croissance agissent trois catégories de facteurs : l’hérédité, l’environnement et les hormones.

 

1. L’hérédité

Les facteurs héréditaires justifient que la taille d’un enfant soit toujours évaluée en fonction de la taille des parents. La taille et le déroulement de la croissance sont transmis en héritage. Certains enfants grandissent et mûrissent vite, ils ont achevé de grandir entre 13 et 14 ans.

D’autres au contraire, atteignent leur taille définitive beaucoup plus tard. Ce déroulement plus ou moins rapide est hérité du père et de la mère. Il suffit de regarder les photos de classe des différentes générations. Chaque enfant a inscrit dans les gènes qui lui sont transmis de ses parents, un potentiel de croissance qui lui est propre.

 

2. L’environnement

L’enfant est plus sensible que l’adulte à l’environnement. Si celui-ci est défavorable, il peut entraver son développement.

– L’environnement anténatal : le bon déroulement de la grossesse est un atout pour la croissance de l’enfant. Toute maladie ou intoxication de la mère (alcool, tabac), toute anomalie du placenta vont avoir un retentissement sur le fœtus à la naissance et même après.

– L’environnement post natal : Trois conditions peuvent entraver la croissance : la maladie, la malnutrition et le mauvais équilibre psychologique.

1. Les maladies aigües n’ont pas de conséquences. Par contre, les maladies prolongées ou chroniques auront un retentissement sur la courbe de croissance. La bonne santé est un facteur de croissance.

2. La nutrition : il ne faut pas oublier que la plus grande cause, dans le monde, de retard de croissance est la malnutrition. Par contre, la surnutrition n’améliore pas la taille définitive mais entraîne l’obésité. La vitamine D est indispensable pour l’absorption et la fixation du calcium sur les os. Une supplémentation doit être apportée en période de croissance rapide, de 0 à 4 ans, et au moment de la puberté.

3. Les facteurs psychologiques : toute détresse psychologique freine ou arrête la croissance. Le bonheur est un facteur de croissance.

 

3. Les hormones

La croissance osseuse est réglée de façon très précise par un ensemble d’hormones. Au cours de l’enfance, le stimulus qui a le plus d’effet sur le cartilage de croissance est l’hormone de croissance sécrétée par l’hypophyse pendant le sommeil. L’activité de l’hormone de croissance est modulée par les hormones thyroïdiennes (dépistage à la naissance), de sorte que le squelette conserve des proportions convenables pendant la croissance. La puberté s’accompagne de la libération d’une quantité accrue d’hormones sexuelles mâles et femelles, testostérone et œstrogènes. Dans un premier temps, les hormones sexuelles provoquent la poussée de croissance typique de l’adolescence, de même que la masculinisation ou la féminisation de certaines parties du squelette. Puis elles entraînent la soudure des cartilages de croissance et leur remplacement par de l’os.

Surveillance de la croissance

La croissance doit être surveillée durant toute l’enfance afin de pallier si possible à une insuffisance, mais surtout afin de dépister une maladie responsable d’un retard de croissance qui pourrait être curable. Les chiffres de taille, poids et périmètre crânien, sont reportés sur un graphique et constituent la courbe de croissance au cours du temps. Elle est comparée à des courbes de référence.

La taille définitive 

Il n’y a pas de normes intangibles de taille mais il existe des représentations sociales et culturelles. La taille des parents et l’âge osseux analysé par une radiographie du poignet permettent seulement d’émettre des hypothèses. Dans tous les cas, il faut rappeler qu’« être grand » ou « adulte » n’est pas seulement une question de hauteur physique.

 

 

QUELQUES PRÉCAUTIONS

 

Compte tenu du déroulement de la croissance, il est nécessaire d’être attentif « à ne pas nuire ». Le travail musculaire doit rester équilibré afin d’éviter les déviations du squelette, les douleurs musculaires, articulaires et osseuses.  Le surentraînement est la principale cause de lésion du cartilage chez l’enfant. La capacité des os, des cartilages, des tendons ou des ligaments à tolérer une charge est un facteur propre à limiter l’entraînement de l’enfant. Ces limites sont fixées à 6 h de sport par semaine chez l’enfant de moins de 6 ans, et 10 heures pour les plus de 10 ans.

Pendant la puberté, trop d’activité sportive associé à un déséquilibre alimentaire et hormonal, peut entraîner des troubles, notamment dans la maturation des os et avoir un retentissement sur sa taille adulte. Rassurons-nous : nos pratiques de yoga toujours mesurées et équilibrées sont sans conséquence sur la croissance, mais il importe de prendre quelques précautions.

Les enfants prennent généralement les postures dans l’aisance et la répétition. Il y a cependant quelques règles à respecter :

1. La douleur, véritable signe annonciateur doit toujours inciter à interrompre l’effort voire à consulter un médecin.

2. Les enfants sont naturellement hyperlaxes mais il ne faut pas en rajouter.

3. Les vertèbres cervicales étant particulièrement fragiles, il faut les protéger.

4.Les anomalies du dos doivent être repérées au plus tard au début de la puberté.

 

 

I. Respecter la douleur

Comme dans toute pratique de yoga et à tout âge. Chez l’enfant, deux localisations douloureuses peuvent entraîner des limitations : les genoux et la région lombo-sacrée en particulier chez les filles. Le plus souvent au niveau des genoux, des douleurs sont liées à une certaine hyperlaxité qui va se corriger avec la fin de la croissance et disparaître une fois la maturité pubertaire acquise. Mais comme au niveau lombo-sacré, toute douleur répétée et prolongée doit conduire à consulter et faire pratiquer une radiographie.

 

II. Ne pas aller dans le sens de l’hyperlaxité

La laxité est fixée génétiquement. Les enfants sont naturellement laxes. Ils aiment prendre des postures d’hyper-extension (pont, arc) et peuvent « se lancer » dedans sans préparation. Il faudra leur apprendre à respecter leur corps et le préparer par un petit échauffement : salutation au soleil ou autre. Au fil du temps, l’enraidissement survient inexorablement. Pour garder la souplesse, il faudra donc la travailler.

III. Faire attention aux vertèbres cervicales

Les enfants aiment beaucoup les postures inversées et avoir la tête en bas. Il faut donc veiller à respecter les conditions de sécurité : adultes à proximité et utilisation de tapis et de coussins.

 

IV. Savoir observer le dos de l’enfant

En raison de la poussée de croissance de la colonne vertébrale au moment de la puberté, il est important de dépister au plus tôt d’éventuelles anomalies du dos.

Sans être spécialiste, il est possible de regarder l’enfant de dos et de profil en le faisant se pencher en avant jambes tendues. S’il apparaît une exagération de la courbure du dos (cyphose) ou une voussure asymétrique (scoliose) cela justifie une consultation médicale pour bilan orthopédique.

 

 

LES FAMILLES DE POSTURES

Autorisées :

– Les étirements, base du travail postural

– Les flexions avant, qui permettent de travailler les ischio-jambiers et les psoas pour limiter l’antéversion du bassin

– Les inclinaisons latérales, en insistant sur l’étirement plutôt que sur la flexion

 

Autorisées avec prudence :

– Les rotations (immaturité de la colonne)

– Les appuis (fragilité des poignets non encore ossifiés)

– Les équilibres (immaturité de l’oreille interne et du cervelet)

– Les postures inversées, exceptée la posture sur la tête (attention aux cervicales)

 

Contre-indiquées si tenues longtemps et répétées :

– Les extensions (accentuation de la lordose physiologique)

– Les postures de grand écart (risque d’arrachement des têtes fémorales)

– La posture sur la tête (sirsasana)

 

Ceci confirme le fait de toujours travailler en dynamique et d’être attentif à chacun.

Rappelons qu’une pratique modérée dans la durée et la fréquence, en respectant la douleur, avec l’empathie et l‘attention de l’adulte, ne peut qu’accompagner positivement l’enfant dans cette grande aventure de la croissance.