Et si le yoga pouvait redonner le goût d’apprendre aux élèves ayant des difficultés scolaires ? C’est le pari qu’a fait Magalie Dambreville à la Réunion. Cette professeure de biotechnologies santé environnement a passé son certificat RYE en 2018.

Magalie Dambreville se remémore : “ma mère était elle-même enseignante à l’école primaire, dans un milieu très défavorisé. J’étais en admiration devant cette femme engagée et passionnée qui avait compris que l’enseignement passait par l’intérêt que l’on porte aux besoins fondamentaux des élèves”. Suivant les traces de sa mère, Magalie Dambreville décide d’enseigner dans des classes de SEGPA (section d’enseignement général et adapté). Ce dispositif de l’Éducation national reçoit des élèves du collège, de la 6ème à la 3ème, qui présentent des difficultés scolaires importantes.

Des difficultés scolaires aux raisons multiples

“Les difficultés d’apprentissage éprouvées par ces élèves sont multiples”, précise Magalie Dambreville. En plus de faire face aux changements liés à l’adolescence, ils ont souvent un passé anxiogène. Une partie d’entre eux doit également faire face à une importante déstructuration familiale, avec en arrière plan, des problèmes liés au chômage et à la précarité. 

Pour  Magalie Dambreville,  chez ces élèves déjà fragilisés, l’école peut alors entraîner un manque de confiance en soi. Programme scolaire chargé, manque de ressources, incapacité à considérer les élèves dans “leur globalité et leur singularit锓L’école peine à accompagner chaque enfant dans la réalisation de son potentiel et de son épanouissement”, précise-t-elle. 

À cela s’ajoute, dans certains cas, le harcèlement scolaire qui peut avoir de graves conséquences sur le désir d’apprentissage des élèves et surtout sur leur bien-être. “Dans certaines structures scolaires, des jeunes sont la cible de violences et d’humiliations de la part de leurs camarades et parfois même de  certains enseignants !” Conséquences : certains élèves se croient incapables de mener à bien leur apprentissage. “En arrivant en SEGPA, ils ont enregistré l’idée qu’ils étaient nuls. Ils se sentent exclus du système et souffrent du regard négatif que la société leur porte”. Face à ce rejet, certains élèves développent divers troubles du comportement : déficit d’attention, de concentration, manque de motivation, absentéisme, incivilités…

Un projet pédagogique annuel

Pour Magalie Dambreville, pas question de laisser ces jeunes dans cette situation ! Elle s’est fixée la mission de réconcilier ses douze élèves de SEGPA avec l’école. 

Pour donner du sens à leur apprentissage, elle décide en 2018 de mettre en place un projet pédagogique annuel intitulé “le pain au cœur de la santé et du bien-être”. Le projet est monté en partenariat avec la minoterie COGEDAL, une entreprise locale qui transforme les céréales en farines. Les élèves doivent s’engager à assurer, pendant l’année scolaire, trois journées d’animation sur les céréales et le pain auprès des enfants d’une école maternelle et primaire, ainsi que sur le site de la meunerie auprès de collégiens et de lycéens. Un jeu de l’oie pour découvrir la transformation d’un grain de blé est, par exemple, organisé. Un atelier “chant” permet également d’expliquer aux enfants les différentes étapes de la panification. 

Objectif de ce projet : renforcer positivement les élèves. “Pour qu’ils prennent en assurance, l’idée était de leur proposer des activités propices à la prise d’initiative, qu’ils avaient de fortes chance de réussir”, précise Magalie Dambreville. Chacune des journées d’animation menée avec succès est un moyen de leur faire gagner confiance en eux et de renforcer leur motivation.

Le yoga pour redonner confiance aux élèves

“Décider ces adolescents manquant d’assurance à s’engager dans ce programme n’a pas été facile”, explique Magalie. Pour dissiper leurs appréhensions et concrétiser le projet, elle mise sur l’aide du yoga. Pratiquant cette discipline depuis de nombreuses années, elle sait combien elle se révèle d’une grande aide pour développer la confiance en soi et le vivre ensemble. 

Pour en faire découvrir les bienfaits à ses élèves de manière encadrée, elle décide de passer son certificat RYE. Magalie Dambreville acquiert ainsi des outils de yoga et de relaxation adaptés au milieu scolaire pour accompagner ses élèves. Elle organise alors des séances de yoga en classe trois fois par semaine et un atelier de deux heures tous les quinze jours. Cette initiation au yoga est menée parallèlement au projet d’animation autour du pain.

 Magalie Dambreville sait qu’il est avant tout primordial d’instaurer un climat de sécurité, de confiance et de collaboration dans la classe. “Dans ces classes de SEGPA, le degré de violence est plutôt  surprenant : les conflits quasi quotidiens, explique la professeure de biotechnologies. Or, pour réaliser un tel projet, il est important que règne un véritable esprit d’équipe au sein du groupe”. Elle décide ainsi de travailler sur le  vivre ensemble (yama), la première étape des Yoga-Sutras de Patanjali. Elle  propose également à ses élèves des exercices de Communication Non Violente (C.N.V.), une technique qui permet d’établir un mode de communication paisible, respectueux de soi et des autres. 

Autre point important de son apprentissage : la transmission de techniques pour adopter une bonne posture. “La plupart des élèves  sont affalés sur les tables ou ont le dos avachi, la colonne vertébrale contorsionnée, penchée en avant, tordue sur le côté”

Enfin, Magalie Dambreville utilise le quatrième échelon des Yoga-Sutras de Patanjali, nommé pranayama, pour  apprendre aux élèves à maîtriser leur respiration et à s’apaiser en période de stress.

De nets progrès

Au fur et à mesure des séances, elle constate une nette amélioration sur le plan de l’attention,  de la concentration et de la mémoire. Grâce à ces nouvelles aptitudes, les élèves de SEGPA reprennent confiance en leurs capacités et s’investissent dans le projet pédagogique proposé par Magalie Dambreville. 

À la fin de l’année scolaire, en mai 2018, les élèves assurent avec sérieux et détermination les trois prestations d’animation pour lesquelles ils s’étaient engagés “Les appréciations favorables des intervenants, des partenaires, des parents, des chefs d’établissement ont été nombreuses”, se réjouit Magalie Dambreville. Un regard bienveillant qui a trop longtemps manqué à ces élèves, et qui est pourtant essentiel pour développer son estime de soi. 

“La joie et la motivation des jeunes m’ont permis de vivre une expérience bouleversante, enrichissante et pleine d’émotions”. Magalie Dambreville espère aujourd’hui que le yoga, qui a tant aidé ses élèves, deviendra à terme une discipline à part entière des programmes scolaires. Pour qu’à leur tour d’autres élèves puissent reprendre pied, retrouver l’envie d’apprendre et de s’investir à l’école.